Texte livret pride Toulouse 04 juin 2016

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Textes divers

L’idée du siècle

Pour celles et ceux qui n’étaient pas de ce monde en 1983 – et pour celles et ceux qui en font encore partie, l’année évoquée annonce avec la découverte du rétrovirus HIV les prémices d’une hécatombe qui décimera tant d’homosexuels, tant de bisexuels, tant de transfusés.

La décision prise d’exclure du circuit transfusionnel toute population à risque (Homosexuels, Héroïnomanes, Haïtiens, Hémophiles) cette année-là était largement justifiée par l’émergence de ce nouvel agent, pour lequel il n’y avait ni tests fiables, ni recul épidémiologique à même d’établir les différents niveaux de contamination en fonction des pratiques.

La raison aurait voulu qu’avec l’avènement des premiers tests ELISA et la meilleure connaissance des moyens prophylactiques, cette sage et saine mesure fût réévaluée dès la deuxième moitié des années 80, pour une réintégration modulée en fonction des comportements individuels de chacun, en fonction du parcours de vie de chaque individu.

Mais voilà qu’éclate dans les années suivantes le scandale de l’affaire dite du sang contaminé, dont le tristement célèbre « responsable mais pas coupable » déresponsabilisera durablement tout décideur en matière transfusionnelle.

Et le 4 novembre dernier, avec une légèreté insultante auréolée d’une autosatisfaction d’énarque, Marisol Touraine annonce fièrement qu’elle va réintégrer les donneurs de sang ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes – dès lors qu’ils s’abstiendront de toutes relations sexuelles pendant un an.

Et si nous sommes gentils, alors peut-être aurons-nous droit à une réduction de peine …

Marisol, toi qui attendais de notre part un remerciement, sois assurée de notre plus grande gratitude pour ton idée du siècle !

« Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages historiques se répètent pour ainsi dire deux fois. Il a oublié d'ajouter : la première fois comme tragédie, la seconde fois comme farce. » Karl Marx

Collectif HOMODONNEUR

Texte gay pride 2015

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Textes divers

Mein Führer…I can walk!

Au-delà du simple plaisir de provoquer le public et de l’amener ainsi à une écoute plus approfondie, nous nous devions néanmoins de préciser que le discours qui suit n’est ni un éloge de Stanley Kubrick, ni l’expression d’une quelconque nostalgie crypto-fasciste, encore moins une attaque personnelle.

Du final génialissime du Dr Folamour, nécessairement effroyable et terriblement libérateur, nous voulions en garder la puissance, rien que la puissance, toute la puissance, pour exprimer à notre tour notre irrésistible envie de donner.

Comme vous le savez certainement, en mars 2012, François Hollande, candidat à la Présidence de la République, avait déclaré qu’il mettrait un terme à la discrimination sans fondement scientifique qui s’opposait au don du sang pour tous.

Cette promesse présidentielle ayant été atteinte par ce qu’il convient d’appeler une paresse ministérielle, nous aurions pu nous résoudre à la résignation espérée.

Il n’en est rien ! Nous sommes et restons animés par une saine colère qui irrigue nos veines et fera battre nos cœurs encore pour longtemps, tant que l’on nous refusera de sauver des vies !

Monsieur le Président, vous qui avez répondu à notre lettre ouverte par votre silence, comment allez-vous mettre en œuvre l’indispensable rassemblement Républicain ?

Monsieur le Président, vous qui avez la conviction qu’il existe un esprit du 11 janvier, comment allez- vous pulvériser Marine le Pen sur ce sujet ?

Monsieur le Président, vous qui avez reçu et vous qui revendiquez l’héritage mitterrandien, quand allez-vous nommez un Badinter au Ministère de la Santé ?

Nous pourrions, nous autres militants d’une cause juste, rédiger un long réquisitoire sur votre inaction et espérer un courage politique qui ne viendra pas.

Nous préférons, nous autres militants d’une cause humaniste, nous inspirer de nos aînés de Stonewall et déclarer non sans malice mais fièrement Mein Führer…I can walk!

Comprenez : Monsieur le Président, je marche !

L'apostasie des Humanistes

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Textes divers

taubira

À Federico Riesco

C’est avec une force de conviction qui lui est si particulière que Christiane Taubira, alors Garde des Sceaux en conférence à Toulouse le 28 octobre 2013, exposa avec de belles et hautes voix ce qui fait les valeurs partagées du vivre ensemble de notre pays, plus communément désignées sous le vocable de République.

Le rappel – nécessaire !, du principe constitutionnel d’individualisation des peines fut mis en regard de notre Histoire, de Descartes à Condorcet, afin d’insister sur l’un des concepts fondamentaux de la Justice : mettre un terme au vis-à-vis entre les différents protagonistes en conflit ; et juger selon le Droit.

Elle appela ensuite de ses vœux une juste réforme pénale basée sur le rétablissement de la confiance envers les magistrats. Ces derniers, dégagés ainsi de tout automatisme législatif, seraient à même de préparer activement la réinsertion pour réduire le risque de récidive.

Le sous-entendu implicite réside dans le fait que chaque individu soit considéré comme une personne autonome, actrice et responsable de sa vie – et non comme membre d’une masse, aliéné à ses déterminismes.

Et que l’on soit de son bord politique ou pas, que l’on soit de La rose ou du réséda, il y a une conception qui isole définitivement du camp des Républicains ceux qui ne le sont pas : Les seules sociétés où sont contenus tous les risques sont les sociétés totalitaires.  

Avec la salve d’applaudissements qui venait couronner des propos dignes de Robert Badinter, la Ministre auréolée de ses passes d’armes relatives au mariage pour tous clôturait son discours en ouvrant le jeu des questions du public.

Dès lors, interrogé par nos soins sur la présomption de séropositivité qui frappe les homosexuels masculins et qui les exclut définitivement du don du sang selon l’arrêté ministériel du 12 janvier 2009, sa réponse ne fût pas vraiment à la hauteurde son discours.

Prise d’une forme d’acrophobie, ses belles envolées lyriques furent brutalement ramenées au sol par un vent mauvais.

Après nous avoir rappelé son attachement à la lutte contre toute forme de discrimination, elle enchaina son propos avec une magnifique palinodie, nous lâchant lâchement en rase campagne ce mot qui sonne si mal dans la bouche de la Gauche : Sécurité. Elle crût bon, certainement en guise d’excuses, de nous balbutier son ignorance en matières transfusionnelles.

Condorcet écrivait que même avec la Constitution la plus libre, un Peuple ignorant reste esclave.

Si le Collectif HOMODONNEUR lui pardonne volontiers ses maigres connaissances en transfusion sanguine ; en revanche comment peut-elle ignorer que tous les homosexuels ne sont pas, et loin s’en faut, contaminés ou en situation de le devenir ?

Le jour où une étude fiable et indépendante démontrera une plus forte prévalence au terrorisme chez les Musulmans par rapport aux non-Musulmans, faudra-t-il exclure du territoire national – et au nom de la Sécurité !, les 99,99% de Musulmans qui ne posent aucun problème?

Afin que nos écrits ne souffrent d’aucune ambigüité, il ne s’agit ni de nous livrer à une attaque en règle contre une personnalité ni de jeter l’opprobre sur une quelconque population, mais bel et bien de montrer comment des élites peuvent, à leur insu, tomber dans le chausse-trappe du sécuritarisme.

Christiane Taubira et Marisol Touraine sont, tout compte fait, prisonnières de leurs propres peurs à l’instar de leurs illustres prédécesseurs en la personne de Roselyne Bachelot et celle de Xavier Bertrand, dont ni l’engagement en faveur des minorités sexuelles pour la première, ni le courage politique concernant le second ne pourraient être remis en cause.

La peur évoquée n’est pas celle caractérisée par le rejet des altérités, mais celle désormais intériorisée par chaque responsable politique d’être potentiellement traduit en Justice, institutionnelle à l’occasion, populaire à coup sûr.

Au travers d’un principe, constitutionnalisé par ailleurs, la précaution a vitrifié toute politique alternative à la gestion du risque.

Qu’un danger avéré ou médiatique émerge, et l’injonction de solution prévaut avant toute formulation du problème, avant tout établissement de la nature même du risque : les décideurs sont sommés d’agir dans la précipitation.

Et, conséquence funeste en vue d’être immédiatement compris du troupeau, la désignation d’un bouc émissaire est la décision retenue de façon pavlovienne et irréversible.

Prise en 1983, la mesure d’exclusion au don du sang de tout homme ayant eu le moindre rapport sexuel avec un autre homme fut confirmée en 2009 par Roselyne Bachelot.

De tous les candidats à la dernière présidentielle de 2012, aucun des Républicains ne se prononça en faveur du maintien de cette mesure obsolète.

Aujourd’hui encore, aucuns ne s’opposent efficacement à la politique transfusionnelle justifiée par Marine Le Pen, authentique Marianne vociférant Liberté, Egalité, Sécurité, farouche opposante au don du sang pour tous, misérable épouvantail du sang contaminé.

Que l’on ne s’y trompe pas : les critères de sélection des donneurs de sang ne sont pas seulement des éléments décisionnels du seul ressort des médecins. Ils participent, au-delà du fait que le don du sang nous concerne tous, à l’établissement d’une société sachant allier sécurité et retenue, gestion du risque et raison.

L’apostasie des Humanistes n’est rien d’autre qu’une atteinte particulièrement grave à nos valeurs ; seuls les rejets sans équivoque de toute forme de démagogie, de réductions simplistes, d’amalgames et de son lot de stigmatisation seront à même de préserver, de rétablir et d’instaurer une véritable politique de civilisation.

L’abandon de nos peurs et le recours au rationalisme en sont nos deux puissants alliés.

Texte gay pride 2014

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Textes divers

Et si Vercingétorix avait pris du Viagra, aurait-il perdu la Gaule ?

Vouloir répondre sérieusement à une question aussi facétieuse d’un historien uchronique serait, au mieux, la marque d’un esprit dépourvu de tout humour n’ayant pas saisi le jeu de mots, au pire celle d’une incapacité à discerner les vraies questions des propositions erronées à la base.

Néanmoins de la même façon que Vladimir Oulianov Ilitch – plus connu sous le nom de Lénine, considérait une certaine partie de la population comme particulièrement utile à ses vues, nos recours occasionnels à l’absurdité sont à même, selon nous, d’éveiller des cerveaux alentis.

Quand en date du 12 décembre 2012 Josiane Pillonel, épidémiologiste de l’InVS dont nous nous étonnons encore de sa non-célébrité, publie dans Vox Sanguinis un article relatif à la sécurité transfusionnelle, il pourrait nous être reproché – et à juste titre !, de ne pas y voir un progrès.

En effet cette dernière, après étude sérieuse sur le sujet, parvint à la conclusion indiscutable qu’après abstinence sexuelle d’un an, tout don de sang issu d’hommes ayant eu ou ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ne présenterait plus de risque de transmettre le virus du SIDA (sic).

Si à ce stade nous ne jugeons pas utile de démontrer la vacuité d’une telle hypothèse, ni de vouloir en expliquer sa genèse, toutefois nous devons mettre en garde le plus grand nombre d’une manœuvre insidieuse.

En effet dès les années 2000, avec les velléités d’une poignée d’activistes gays, l’EFS fut amené à retirer de son questionnaire pré-don la mention « Homosexuels masculins » sans pour autant remettre en cause l’exclusion. Pour citer l’un de leur commentaire interne, ils ont adouci la forme et maintenu le fond.

Aujourd’hui, avec une préconisation comportant les apparences d’une avancée, ils n’effectuent qu’un lifting de l’interdiction, avec l’espoir secret que le soi-disant ‘lobby gay’ tombera à son insu dans le panneau pour les plus sincères d’entre eux ; de façon délibérée pour nos opposants qui n’auront pas à se découvrir, ravis de nous trahir l’air ingénu.

Les chemins qui mènent à l’enfer sécuritaire resteront toujours pavés de bonnes intentions ; le seul changement : la volonté de les flanquer de Rainbow Flag

En revanche ce qu’il est possible de lire en creux de l’étude en question, c’est la preuve évidente que l’exclusion systématique et définitive de tout homme ayant eu ne serait-ce qu’une seule expérience homosexuelle n’est pas justifiée. Encore un effort, et ils comprendront que nous sommes des individus aux parcours et comportements idiosyncrasiques.

L’espoir est par conséquent fondé, la possibilité d’une réintégration des gays, des bis et des ‘pastoutàfaithétéros’ au sein du système transfusionnel français aux mêmes conditions que les autres donneurs est désormais rendue possible.

Pour ce faire, il nous reste cependant à poser publiquement une grande question à Josiane Pillonel  : et si Vercingétorix avait pris du Viagra, aurait-il perdu la Gaule ?

Texte gay pride 2013

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Textes divers

L’abstinence, non mais Allo quoi !

Le collectif HOMODONNEUR étant plutôt bien informé sur le sujet sanguin, il paraîtrait que LA solution proposée pour le don du sang des gays et des bi soit l’abstinence sexuelle d’un an avant chaque don.

La question qui désormais nous brûlerait les lèvres, grandes ou petites par ailleurs, serait de connaître la date du dernier orgasme de la personne ayant eu la génialissime idée d’étudier cette hypothèse.

Bien que n’ayant pas à notre disposition le matériel nécessaire à la datation au carbone 14, des éléments anthropologiques nous laissent à penser que l’occurrence d’un tel événement ne peut être qu’à l’origine de l’extinction des dinosaures…

Si les épidémiologistes de l’InVS et autres experts en sécuritarisme sanitaire semblent être devenus subitement réceptifs aux injonctions de la morale – Sainte Frigide, priez pour nous ; on baise pour vous ! – qu’ils aillent étudier sans plus tarder l’effet bénéfique de 2 ave et 3 pater sur l’espérance de vie d’un leucémique en phase terminale.

Et que dire de notre chère Ministre, dont le reniement à ses propres engagements n’a d’égal que celui de ses prédécesseurs ?

Que c’est avec le regard attendri d’un lémurien fraîchement posé sur la branche d’un eucalyptus qu’elle déclare, la main sur le cœur et à qui veut bien l’entendre « qu’elle est pour le don du sang dans le respect de la sécurité » ?

Ou bien que c’est avec l’attitude philosophique d’une poule face à une clef à molette qu’elle aborde la sécurité transfusionnelle sans rien connaître du dossier ?…

Il faudra qu’elle apprenne que l’exclusion actuelle génère des contournements de la mesure qui augmente le risque par mensonges de certains donneurs ; et que demain, ce sera le mensonge sur l’abstinence qui sera tout aussi dévastateur sur l’innocuité des produits transfusés.

Le jour où les poules de Marisol Touraine auront un CAP de mécanique, alors nous arrêterons de baiser pour donner notre sang.

L’abstinence, non mais Allo quoi !