Les causes profondes de la quasi inaction des associations LGBT

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Analyses

Avant de commencer notre analyse, il est nécessaire de tordre le cou à cette idée reçue stipulant que « le don du sang pour tous est une revendication des associations LGBT ».

Le don du sang n’est pas un droit – avis juridique de la HALDE en 2002 – de fait, aucune association LGBT ne peut légitimement se positionner en faveur du don du sang pour tous en arguant de la lutte contre une discrimination qui n’existe pas.

Qui plus est, l’exclusion des HSH n’est pas la manifestation d’une homophobie d’Etat, entre autres raisons parce que certains critères de sélection des donneurs du sang sont tout aussi excessifs que l’exclusion des HSH – l’exclusion des transfusés et des ressortissants britanniques par exemple  – sans que le suffixe de ‘-phobie’ ne puisse être légitimement  être rattachés à chaque groupe de personnes en question.

Il est donc normal d’observer chez les associations de lutte contre les discriminations et l’homophobie, du moins dans leur grande majorité, une forme de déclaration en incompétence sur le sujet, et une inaction en conséquence.

Si elles doivent se positionner, c’est uniquement au regard de la question suivante : est-ce que notre réintégration améliore la sécurité transfusionnelle ou au contraire la diminue-t-elle ?

Et militer en fonction de façon assumée et déterminée ; nous verrons dans d’autres analyses que c’est loin d’être le cas.

Ayant fixé le débat dans les bons termes, nous pouvons désormais analyser les autres causes de l’inaction, et pour commencer par l’explication statistique, doublement statistique.

Premièrement, 96% des hétérosexuels ne donnant pas leur sang, nous ne voyons pas pour quelles raisons les homosexuels et les bisexuels masculins seraient plus généreux ; c’est pourquoi il faut retenir ce chiffre : il existe potentiellement environ 25 000 donneurs homosexuels et bisexuels masculins, soit une minorité altruiste parmi la minorité sexuelle.

Voilà pourquoi cette revendication ne peut être sur le plan démocratique au sein des associations LGBT qu’une impasse ; au mieux : une non-priorité.

Deuxièmement, comme la population masculine des homosexuels et bisexuels est effectivement bien plus impactée par le VIH que le reste de la population, au sein des associations représentatives de cette population la question de la lutte contre le VIH (et les autres IST) passe au premier plan.

Tout militant du don du sang pour tous est d’abord isolé puis combattu sur le plan idéologique, enfin il est amené à déclarer forfait, à moins d’être particulièrement pugnace.

Ensuite, pour comprendre l’inaction des associations LGBT sur notre sujet, il convient d’étudier la combinaison historique de ce mouvement dans un contexte d’individualisation croissante de la société française.

Sans remonter aux périodes antédiluviennes, l’événement majeur dans la lutte pour l’égalité en droit dans notre pays a atteint son apogée avec le mariage pour tous.

Cette belle victoire eut pour effet le repos mérité des militants de longues dates, suivi d’un passage à vide et d’une reprise par des militants moins aguerris de la question LGBT qui devint rapidement LGBTQIA+.

On assiste depuis à une hiérarchisation et une priorisation des luttes, au rang desquelles le don du sang pour tous apparaît en dernière position.

L’inexpérience relative des militants, alliée aux luttes intestines n’ont pas été les seules causes de l’affaiblissement de ces associations : l’individualisation croissante de la société française est venue rajouter un problème crucial par la pénurie de bénévoles que connaît, peu ou prou, le tissu associatif français dans son ensemble.

Dans ce contexte, inutile de préciser que la cause du don du sang pour tous n’a aucune chance d’être défendue pour le moment dans un mouvement associatif en pleine crise existentielle, qui refuse de voir par ailleurs dans son inéluctable fragmentation son salut par l’émergence de nouvelles associations.

Le contexte historique a également joué un rôle majeur dans l’inaction des associations LGBT.

Alors qu’émergeait la prise de conscience de la pandémie relative au VIH au début des années quatre-vingt en même temps que la libération sexuelle commençait à porter ses fruits, la population homosexuelle et bisexuelle masculine fut gravement impactée par le SIDA, tout comme la population des transfusés et des hémophiles par ailleurs.

De cette hécatombe est née, en réaction salutaire, des associations communautaires de lutte contre le VIH en lien avec le tissu associatif LGBT, et la priorité de cette époque était naturellement la prévention du VIH et la préservation de la santé des personnes infectées, de toutes les personnes infectées.

Une convergence d’intérêt s’est ainsi instaurée rapidement entre les associations LGBT et les associations de transfusés et d’hémophiles dans leurs luttes, et même s’il n’y a aucun lien de causalité entre le nombre élevé de transfusés et d’hémophiles contaminés et le nombre élevé des homosexuels et bisexuels masculins contaminés, le fait est qu’un lien de solidarité tacite s’est durablement instauré.

Ce lien est encore plus visible de nos jours avec l’alliance officielle de l’AFH (Association Française des Hémophiles) et AIDES qui communiquent contre le don du sang pour tous, en utilisant des communiqués de presse communs.

Il est nécessaire de souligner également la cause émotive consécutive à l’affaire du sang contaminé : il aurait été indécent en pleine révélation de ce scandale de la part de certains militants LGBT de réclamer le don du sang pour tous, bien que justifié par l’arrivée des tests de dépistage et le recul épidémiologique nécessaire.

Qui plus est, dans un mouvement de libéralisation des mœurs où il fallait d’abord penser aux siens, en termes de visibilité et d’égalité en droits, plutôt que de penser aux autres dans leurs besoins transfusionnels, le don du sang pour tous ne pouvait être une revendication légitime et audible.

Elle aurait dû le devenir, mais l’extrême implication d’AIDES dans les associations LGBT l’en a empêchée durablement ; peut-être même définitivement.

Enfin, la dernière explication que nous apportons à l’inaction des associations LGBT tient au fait de la complexité même du sujet étudié qui ne peut être que méconnu ou pire, mal connu.

Cette complexité est bien entendue transversale : juridique, scientifique, médicale et technique.

Seules des associations de donneurs et de receveurs sont capables, au prix d’un effort d’autoformation et de veille au travers d’échanges constants avec les institutions concernées, d’avoir un niveau de connaissance leur permettant un niveau d’expertise égal à celui des autorités scientifiques concernées.

Et sans vouloir être condescendant ou méprisant à l’endroit des associations LGBT, force est de constater soit leur ignorance soit leur méconnaissance dès lors qu’est abordée l’étude, dans sa globalité, de la science et des techniques transfusionnelles.

En contradiction avec cette analyse, il serait facile pour tout un chacun de dénicher sur Internet quelques associations LGBT isolées ouvertement favorables à nos vues ; c’est pour en trouver qui fassent autre chose que de la stricte communication que la difficulté sera plus grande.

Mais, en conclusion de cette analyse, si des personnes continuaient à penser que le don du sang pour tous serait une revendication des associations LGBT en dépit des éléments apportés, nous n’aurions rien de mieux à leur déclarer que c’est justement la quasi-inaction de ces associations, et l’absence de structure exclusivement dédiée à cette cause, qui sont à l’origine de la création du Collectif HOMODONNEUR en 2009.

Les impardonnables erreurs scientifiques de Josiane Pilonnel

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Analyses

Lexique :

CCNE : Comité Consultatif National d’Ethique

HSH : Hommes ayant des relations Sexuelles entre Hommes

Fenêtre sérologique : délai nécessaire pour un test de dépistage pour se positiver en cas de présence de l’agent pathogène.

Séroconversion : changement de statut sérologique d’un donneur de sang qui passe de séronégatif à séropositif pour l’agent pathogène considéré.

VIH : Virus de l’Immunodéficience Humaine, agent causal du SIDA

SIDA :  Syndrome de l’Immuno- Déficience Acquise

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Précisons avant tout que ce qui va suivre n’est nullement une attaque sur la personne, mais bel et bien une attaque en règle contre le raisonnement de l’épidémiologiste de Santé Publique France en charge de notre dossier.

Et d’ailleurs, ces erreurs persisteraient quand bien même une autre personne remplacerait Josiane Pilonnel, car comme nous l’avons démontré dans notre argumentaire, ce sont les conséquences de l’affaire du sang contaminé qui expliquent le maintien de notre exclusion, et non des raisons prétendument scientifiques.

Examinons-les dès à présent.

Erreur d’approche :

  • 1) La population des HSH n’est pas celle des donneurs HSH

L’avis 123 du CCNE du 28 mars 2015 décrit en page 12 et suivantes, l’épidémiologie du VIH de la population générale, de la population hétérosexuelle, de la population homosexuelle masculine et enfin, celle des donneurs.

Il en ressort que la population des donneurs de sang présente un taux d’incidence au VIH vingt-quatre fois moins élevé que la population générale ce, grâce à la combinaison des points 2), 3) et 4) évoquée juste après.

La population des donneurs de sang hétérosexuels est ainsi à l’intersection des deux populations : celle des donneurs de sang et celles des hétérosexuels, tout comme la population des donneurs HSH est à l’intersection des donneurs de sang et des HSH.

Et les critères statistiques de la population des HSH ne sauraient donc être ceux de la population des donneurs HSH : en aucun cas il n’est pertinent d’exclure les donneurs HSH du don à cause des mauvais chiffres – réels ! – de la population des HSH.

C’est la première erreur de Josiane Pilonnel ; nous irons plus loin sur ce sujet dans le point 8).

Erreurs par omissions :

  • 2) Prélèvement basé sur volontariat, non par prélèvement aléatoire

Être donneur de sang, indépendamment de son orientation sexuelle, c’est avoir avant toute chose le sens des responsabilités, et s’abstenir de donner son sang lorsqu’un risque a été pris, de quelque nature que ce soit.

Pour que les calculs de Josiane Pilonnel soient vrais, il faudrait que les prélèvements de sang soient effectués de façon aléatoire.

Ces calculs sont donc faux, car le don du sang est basé sur le volontariat des donneurs de sang, généreux par nature, responsables dans leurs actes.

  • 3) Entretien médical préalable

Le point 2) représente une première barrière dans la diminution des risques de transmission d’agents infectieux qui est complété par le point suivant.

Pour commencer les donneurs de sang, dans leur quasi-totalité, déclarent la stricte vérité lors de l’entretien pré-don couvert par le secret médical, ce qui s’explique par l’absence d’intérêt (argent ou autre) à donner leur sang.

Ensuite, par la confiance réciproque instaurée entre la personne candidate au don et le personnel effectuant la sélection du donneur, les situations potentiellement à risque pour le receveur sont examinées.

Cette deuxième barrière élimine ainsi, temporairement ou définitivement, tout donneur qui présenterait un risque pour la santé du receveur.

L’entretien médical autorise enfin le prélèvement de sang du donneur quand toute situation à risque est à la fois révolue et quand la durée nécessaire pour dépister tout agent pathogène est atteinte.

  • 4) Tests effectués après les fenêtres sérologiques

Ceux-ci représentent l’ultime rempart contre tout risque de transmission d’agents pathogènes connus en transfusion sanguine.

Et cet ultime rempart agit en synergie avec les points 2) et 3), car un donneur qui procède à l’auto-exclusion sera aussi un donneur qui dira la vérité au personnel médical effectuant la sélection pré-don, et donc qui sera dépisté dans un temps supérieur aux fenêtres sérologiques respectives de chaque agent pathogène connu.

Et si d’aventure un ou plusieurs marqueurs sérologiques devaient se positiver, la poche de sang qui est en attente de qualification biologique avant d’être distribuée sera immédiatement détruite et le donneur de sang convoqué à un entretien pour chercher avec lui la cause probable de sa contamination.

Rappelons à Josiane Pilonnel que la dernière contamination observée en France remonte à février 2002, alors que ses calculs de risques résiduels estiment qu’une contamination devrait se produire tous les deux ans environ par le prélèvement des hétérosexuels.

Quand reconnaîtra-t ’elle son erreur manifeste ?

  • 5) Pays prélevant le sang de leurs donneurs HSH

Dernière omission de Josiane Pilonnel listée ici, celle qui consiste à oublier d’étudier les pays qui prélèvent le sang de leurs HSH, comme l’Italie depuis le décret-loi du 26 janvier 2001 où aucune contamination n’a été observée depuis.

En refusant d’aller chercher les données épidémiologiques de ces pays-là – en décrétant que ces données n’existent pas ! – elle commet non seulement l’erreur de ne pas effectuer d’approche holistique, mais elle manifeste en prime une mauvaise foi difficilement tenable.

Quand nous la questionnons en effet sur le sujet des pays qui prélèvent le sang de leurs HSH sans contamination supplémentaire observée, cette dernière répond que ce n’est pas parce que des contaminations ne sont pas détectées qu’elles n’ont pas lieu.

Mais elle oublie qu’être donneur de sang, c’est donner en moyenne deux fois l’an ; quand bien même un donneur donnerait durant la fenêtre sérologique (et contaminerait donc), le don qui suivrait détecterait sa séroconversion.

Et dès qu’une séroconversion est constatée, une enquête est diligentée auprès du donneur pour chercher les causes probables de sa contamination ; qui plus est, grâce à la traçabilité, une recherche est effectuée auprès des receveurs de son précédent don pour s’assurer qu’il n’y a pas eu contamination.

Pour conclure ce paragraphe consacré à la malhonnêteté intellectuelle de Josiane Pilonnel, elle a néanmoins réussi à trouver, dans un des pays prélevant le sang de ses HSH – là où les données n’existent pas, rappelons-le – qu’en Espagne le taux de séroconversion des donneurs HSH est plus élevé que chez les donneurs non-HSH.

Ce qui démontre une fois de plus l’importance d’une réintégration réussie où les HSH ne se considèrent pas comme victorieux en ayant à nouveau le droit de donner leur sang, mais comme des donneurs de sang HSH selon les critères définis en points 2), 3) et 4).

Erreurs d’orientation :

  • 6) Recensement des seuls pays où l’abstinence est pratiquée

Ne pas avoir d’approche globale, de démarche holistique comme évoqué en 5), c’est aussi orienter son étude afin de convaincre le grand public, ignorant des subtilités du dossier, du bien-fondé de l’exclusion des HSH.

Pour ce faire, Josiane Pilonnel ne s’est pas contentée de ne pas chercher les données des pays où le don du sang des HSH est une réalité dépourvue de toute forme d’abstinence sexuelle.

En produisant les données des pays où l’abstinence sexuelle est pratiquée à des durées variables, elle parvient à convaincre et le décideur politique et le quidam que non seulement sa méthode est scientifique, mais aussi que c’est la seule piste envisageable.

Une fois ce conditionnement atteint, la manipulation mentale qu’est cette orientation d’étude permet à toute personne contaminée par cette idée, partiellement vraie mais globalement fausse, d’accueillir le reste de la démonstration de Josiane Pilonnel sans émettre le moindre doute, la moindre critique à l’égard de la méthodologie employée.

Erreurs méthodologiques :

  • 7) Non-homogénéité des HSH

Décrire une population sur la base d’un seul critère statistique – le fait pour des hommes d’avoir des relations sexuelles entre hommes – sans discerner si ces HSH-là sont des homosexuels, des bisexuels ou des hétérosexuels ayant parfois des aventures masculines, ni même sans savoir s’ils sont multipartenaires, monogames ou abstinents, encore moins sans comprendre l’évolution au fil du temps de chaque critère précédemment défini, c’est forcément passer à côté de la compréhension globale d’une population.

En faisant ainsi une belle moyenne de cette belle hétérogénéité, Josiane Pilonnel arrive à déclarer que la pratique sexuelle entre hommes est statistiquement la cause majoritaire de transmission du VIH, et en transposant ces chiffres à l’état brut dans le calcul de risque transfusionnel de contamination, elle ne démontre pas qu’il y a un sur risque, elle effraie juste les ignorants.

Nous n’ignorons pas quant à nous la forte circulation du VIH au sein de la population HSH, mais nous reprochons à Josiane Pilonnel son refus d’identifier les sous-groupes de la population HSH à risque majoré de transmission du VIH.

Si elle était honnête, les sous-groupes HSH à risques seraient retirés des calculs de risques résiduels de transmission du VIH ; si elle voulait vraiment connaître l’estimation la plus proche de la réalité du risque transfusionnel, elle irait jusqu’à estimer, parmi les 3 000 contaminations annuelle environ, le nombre, dans les couples d’HSH, de personnes contaminées par leurs partenaires qui n’aurait ni respecté la condition de monogamie, ni informé leurs partenaires des relations extraconjugales.

Mais Josiane Pilonnel préfère aller à la facilité et employer les grands moyens pour vitrifier toutes critiques sur sa méthodologie, et se répéter en boucle la vérité brute des prévalence et incidence élevées du VIH au sein des HSH, plutôt que d’admettre le débat démocratique, la confrontation des idées et le partage des données.

  • 8) Non-respect du droit européen

La Directive Européenne du 22 mars 2004, prévoit dans les critères d’exclusion temporaires pour les candidats à des dons homologues, exposition au risque d’infection transmissible par transfusion, dans son point 2.2.2, une exclusion après la fin du comportement à risque pendant une période dont la durée dépend de la maladie en question et de la disponibilité des tests adéquats pour les individus dont le comportement sexuel ou l’activité professionnelle les expose au risque de contracter des maladies infectieuses graves transmissibles par le sang.

En termes moins juridique et plus clair, le droit européen prévoit en l’espèce une exclusion de neuf jours (fenêtre sérologique du VIH en transfusion sanguine) après un comportement sexuel à risque vis-à-vis du VIH.

Quand bien même on considérerait un rapport sexuel entre hommes comme étant à risque, la seule durée légale d’exclusion (d’abstinence sexuelle donc) serait de neuf jours, et non de quatre mois, comme Josiane Pilonnel le préconise désormais.

Qui parviendra à lui faire comprendre qu’elle a tort aussi bien en droit qu’en science ?

  • 9) Biais de sélection de l’étude COMPLIDON I

Cette étude a été réalisée après le passage d’une abstinence sexuelle totale (avant le 11 juillet 2016) à une abstinence sexuelle d’un an, de septembre 2017 à la fin 2017.

Rappelons que cette étude avait pour but d’évaluer si les donneurs HSH allaient respecter la condition d’abstinence sexuelle, et dans le cas contraire, combien n’allaient pas respecter le critère de sélection en question, et pour quelles raisons.

Nous reviendrons davantage dans le point suivant sur la façon dont Josiane Pilonnel a procédé, pour revenir au biais de sélection qu’elle a commis.

Elle n’a pas été choqué le moins du monde par l’envoi d’un mail aux donneurs avec un questionnaire à remplir en ligne en accès public.

Dès que nous avons été informés de ce biais, nous l’avons vigoureusement interpellée par voie de communiqué de presse sur le fait que n’importe qui pouvait répondre n’importe quoi, ou pire : que n’importe quelle partie prenante pouvait ainsi influencer dans un sens ou dans l’autre les conclusions qui allaient ressortir de cette étude.

En vue d’effectuer une étude sans biais de sélection, la méthodologie employée par d’autres pays voulant démontrer les bienfaits de l’abstinence avait l’avantage, par l’envoi de courrier postal d’un questionnaire permettant de répondre anonymement avec enveloppe retour fournie, de ne pas prêter le flanc à cette critique ; même si le caractère éthique, voir point 13) et 14), nous semble réellement contestable.

Lors de la réunion de présentation de son étude au Ministère de la santé qui a suivie, elle nous a simplement déclaré, pour se défendre, qu’après publication de notre communiqué de presse elle n’avait constaté aucune augmentation du nombre de réponses : donc « notre appel à biaiser son étude » (sic) n’avait pas été suivi d’effet.

Josiane Pilonnel est vraiment étonnante dans sa volonté de faire comme si elle ne comprenait pas les critiques et dans sa capacité à faire passer ses contradicteurs pour malhonnêtes.

  • 10) Conclusions déterminées par les conditions d’études

Nous souhaitons aborder ici ce problème très subtil qui est posé par l’étude COMPLIDON.

En effet, toute étude a pour objet de fournir des réponses à une ou plusieurs questions précises, or en l’espèce, COMPLIDON pose la question de savoir si la sécurité transfusionnelle ne sera pas dégradée par prélèvement du sang des HSH abstinents.

C’est déjà un problème en soi, comme évoqué en point 8), qu’une étude vienne à poser une question dont on connaît déjà la réponse : prélever le sang de personnes bien au-delà de la fenêtre sérologique de l’agent pathogène étudié, c’est effectuer une étude pour rien, ou plutôt, c’est une étude dont l’objet inassumé est d’assurer le statu quo.

N’est-il pas clair, en revanche, que le but avoué de cette étude est de rechercher si les donneurs HSH respecteront la règle d’abstinence ?

Comme il n’y a aucun risque, l’étude COMPLIDON démontre qu’il n’y a aucun risque, et donc fait valoir auprès du grand public que la mesure d’abstinence sexuelle est une bonne mesure.

Par ailleurs un autre problème se pose : effectuer une étude sur la sécurité sanitaire en posant une question dont l’une des réponses possibles (le prélèvement du sang des HSH abstinents est sans risque) est contenue dans les conditions d’expérience, n’est rien d’autre qu’une circularité cachée.

De plus, à quand une étude sur la compliance des donneurs HSH sur le respect de la monogamie de quatre mois en effectuant le prélèvement des donneurs HSH monogames ?

Pour terminer, nous avions proposé une alternative crédible aux études COMPLIDON : promouvoir le don de plasma sécurisé par quarantaine pour les donneurs HSH, prélèvement rendu possible depuis le 11 juillet 2016 par l’arrêté ministériel du 5 avril 2016.

En effet, cette étude aurait permis d’étudier, via les éventuelles séroconversions des donneurs HSH de plasma sécurisé, si la réintégration des donneurs HSH au don de sang total aurait présenté un sur risque.

Rappelons que cette étude aurait été sans risque, puisque le plasma est sécurisé par quarantaine ; même un donneur HSH qui voudrait contaminer ne le pourrait pas, puisque son plasma est d’abord congelé, ce n’est que soixante jours plus tard qu’après qu’un test à nouveau négatif effectué sur le donneur que son plasma est utilisé.

Nous démontrons ici la volonté manifeste des autorités sanitaires à n’effectuer que des études qui ne démontreront rien d’autre que les bienfaits de l’abstinence sexuelle, donc du maintien de notre exclusion.

  • 11) Conclusions basées sur les déclarations des donneurs menteurs

Parmi toutes les erreurs de Josiane Pilonnel évoquées ici, nous abordons celle qui est vraiment la plus insultante à la Science.

Dans son étude COMPLIDON I, elle a cherché à savoir si les donneurs HSH seraient plus enclins à respecter des mesures d’abstinences moins contraignantes en durée.

Près de la moitié (46%) des donneurs non-compliants ont déclarés qu’ils seraient plus respectueux des règles si elles étaient moins strictes.

Donc notre épidémiologiste en a conclu que l’étude COMPLIDON II (abstinence de quatre mois) pouvait être lancée. Sans risque, bien entendu…

Nous avons deux remarques a effectuer pour conclure : tout d’abord on fonde la sécurité sanitaire sur les déclarations de personnes qui ne disent pas la vérité, ensuite on oublie de poser la question s’ils seraient respectueux de la règle de monogamie de quatre mois.

Mais cette dernière remarque a été formulée en point 10) précédent.

Erreurs d’interprétation :

  • 12) Séroconversions imputables aux HSH en transfusion sanguine

Nous n’entrerons pas dans les détails, année après année, du nombre de séroconversions observées en transfusion sanguine en France, pour nous attarder plutôt sur le fait constant observé depuis plusieurs années : la part de séroconversion attribuable au HSH est d’environ 50%, alors que proportion officielle des HSH au sein de la population générale est de l’ordre de 4%.

Nous sommes totalement d’accord pour reconnaître qu’il existe une sur-représentation des HSH parmi les séroconversions observées parmi les donneurs.

C’est là où la divergence d’interprétation commence entre Josiane Pilonnel et nous.

Pour elle, c’est la démonstration que la population HSH est une population à risques ; pour nous, c’est la démonstration que la règle totalement absurde et profondément insultante qu’est l’abstinence sexuelle est non respectée, de fait.

Le pire dans ce phénomène observé, c’est le caractère contre-productif de la règle imposée dans le but de diminuer le risque alors qu’il est majoré.

Nous lui rappelons le principe suivant : plus une règle est acceptée, plus elle est respectée ; et son corollaire, moins elle est acceptée, moins elle est respectée.

Erreurs éthiques :

  • 13) Choix d’une condition contraire à toute conjugalité

Pour rappel, la fréquence moyenne des rapports sexuels en France est de deux fois par semaine et non d’une fois tous les quatre mois ; une abstinence sexuelle imposée se traduit bel et bien par une exclusion, de fait, du don de sang des HSH monogames.

Ainsi mettre en place une mesure qui impose le choix pour tout HSH en couple monogame soit de donner son sang, soit d’avoir des relations sexuelles avec son partenaire masculin n’est pas une mesure éthique, puisque ce n’est pas humainement acceptable.

Et nous ne demandons pas si la fréquence des rapports sexuels de Josiane Pilonnel est d’une fois tous les quatre mois, de deux fois par semaine, ou bien s’ils sont inexistants.

Nous lui demandons simplement de respecter nos vies affectives.

  • 14) Exclusion inassumée

Enfin cette mesure d’abstinence sexuelle, de quelque durée que ce soit par ailleurs, est la marque d’une hypocrisie généralisée tant des autorités sanitaires que des responsables politiques.

Décréter, malgré l’avis contraire des personnes concernées, que s’abstenir de relations sexuelles pour pouvoir donner son sang représente un progrès n’est, nous le répétons une dernière fois, rien d’autre qu’une insulte.

C’est une façon de maintenir une exclusion en la faisant passer pour une ouverture et donc, une volonté de rendre illégitime voire absurde la revendication de notre réintégration aux mêmes conditions.

Quand une personne est légitimement exclue quatre mois après une opération, on assume clairement que le risque pris nécessite une exclusion de quatre mois.

Alors, pourquoi ne justifient-ils pas publiquement le terme même de notre exclusion, puisqu’ils estiment qu’il y a un risque à prélever le sang des HSH ?

Cela permettrait enfin d’aborder le vrai débat, celui du risque sanitaire réel ; mais seuls les démocrates sont capables de débattre, pas les experts, encore moins les décideurs irresponsables.

L’erreur éthique se manifeste par le mépris des personnes ayant une pensée différente de la pensée officielle, et la volonté de les faire passer pour des complotistes, des irresponsables ou autres noms d’oiseaux ; dans tous les cas pour des personnes ne pouvant pas comprendre les enjeux de la sécurité sanitaire et non comme des acteurs responsables d’une réelle démocratie sanitaire.

Conclusion :

Si Josiane Pilonnel effectue bel et bien des calculs justes sur des données exactes, elle se trompe en recourant à une méthodologie orientée et avec un raisonnement faux, notamment parce qu’elle refuse certaines données, celles qui plaident en faveur d’une réintégration aux mêmes conditions.

C’est comme si un enfant de l’école primaire déduisait, à partir de la longueur du bateau et du nombre de matelots, l’âge du capitaine.

Nous devons cependant garder présent à l’esprit que son attitude, personnelle, est bel et bien la conséquence d’une responsabilité collective de laisser les décideurs politiques se décharger de leurs responsabilités sur des scientifiques dépossédés de toute légitimité démocratique.

Ses erreurs sont donc de notre responsabilité, et il nous appartient de les rectifier.