Les causes profondes de la quasi inaction des associations LGBT

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Analyses

Avant de commencer notre analyse, il est nécessaire de tordre le cou à cette idée reçue stipulant que « le don du sang pour tous est une revendication des associations LGBT ».

Le don du sang n’est pas un droit – avis juridique de la HALDE en 2002 – de fait, aucune association LGBT ne peut légitimement se positionner en faveur du don du sang pour tous en arguant de la lutte contre une discrimination qui n’existe pas.

Qui plus est, l’exclusion des HSH n’est pas la manifestation d’une homophobie d’Etat, entre autres raisons parce que certains critères de sélection des donneurs du sang sont tout aussi excessifs que l’exclusion des HSH – l’exclusion des transfusés et des ressortissants britanniques par exemple  – sans que le suffixe de ‘-phobie’ ne puisse être légitimement  être rattachés à chaque groupe de personnes en question.

Il est donc normal d’observer chez les associations de lutte contre les discriminations et l’homophobie, du moins dans leur grande majorité, une forme de déclaration en incompétence sur le sujet, et une inaction en conséquence.

Si elles doivent se positionner, c’est uniquement au regard de la question suivante : est-ce que notre réintégration améliore la sécurité transfusionnelle ou au contraire la diminue-t-elle ?

Et militer en fonction de façon assumée et déterminée ; nous verrons dans d’autres analyses que c’est loin d’être le cas.

Ayant fixé le débat dans les bons termes, nous pouvons désormais analyser les autres causes de l’inaction, et pour commencer par l’explication statistique, doublement statistique.

Premièrement, 96% des hétérosexuels ne donnant pas leur sang, nous ne voyons pas pour quelles raisons les homosexuels et les bisexuels masculins seraient plus généreux ; c’est pourquoi il faut retenir ce chiffre : il existe potentiellement environ 25 000 donneurs homosexuels et bisexuels masculins, soit une minorité altruiste parmi la minorité sexuelle.

Voilà pourquoi cette revendication ne peut être sur le plan démocratique au sein des associations LGBT qu’une impasse ; au mieux : une non-priorité.

Deuxièmement, comme la population masculine des homosexuels et bisexuels est effectivement bien plus impactée par le VIH que le reste de la population, au sein des associations représentatives de cette population la question de la lutte contre le VIH (et les autres IST) passe au premier plan.

Tout militant du don du sang pour tous est d’abord isolé puis combattu sur le plan idéologique, enfin il est amené à déclarer forfait, à moins d’être particulièrement pugnace.

Ensuite, pour comprendre l’inaction des associations LGBT sur notre sujet, il convient d’étudier la combinaison historique de ce mouvement dans un contexte d’individualisation croissante de la société française.

Sans remonter aux périodes antédiluviennes, l’événement majeur dans la lutte pour l’égalité en droit dans notre pays a atteint son apogée avec le mariage pour tous.

Cette belle victoire eut pour effet le repos mérité des militants de longues dates, suivi d’un passage à vide et d’une reprise par des militants moins aguerris de la question LGBT qui devint rapidement LGBTQIA+.

On assiste depuis à une hiérarchisation et une priorisation des luttes, au rang desquelles le don du sang pour tous apparaît en dernière position.

L’inexpérience relative des militants, alliée aux luttes intestines n’ont pas été les seules causes de l’affaiblissement de ces associations : l’individualisation croissante de la société française est venue rajouter un problème crucial par la pénurie de bénévoles que connaît, peu ou prou, le tissu associatif français dans son ensemble.

Dans ce contexte, inutile de préciser que la cause du don du sang pour tous n’a aucune chance d’être défendue pour le moment dans un mouvement associatif en pleine crise existentielle, qui refuse de voir par ailleurs dans son inéluctable fragmentation son salut par l’émergence de nouvelles associations.

Le contexte historique a également joué un rôle majeur dans l’inaction des associations LGBT.

Alors qu’émergeait la prise de conscience de la pandémie relative au VIH au début des années quatre-vingt en même temps que la libération sexuelle commençait à porter ses fruits, la population homosexuelle et bisexuelle masculine fut gravement impactée par le SIDA, tout comme la population des transfusés et des hémophiles par ailleurs.

De cette hécatombe est née, en réaction salutaire, des associations communautaires de lutte contre le VIH en lien avec le tissu associatif LGBT, et la priorité de cette époque était naturellement la prévention du VIH et la préservation de la santé des personnes infectées, de toutes les personnes infectées.

Une convergence d’intérêt s’est ainsi instaurée rapidement entre les associations LGBT et les associations de transfusés et d’hémophiles dans leurs luttes, et même s’il n’y a aucun lien de causalité entre le nombre élevé de transfusés et d’hémophiles contaminés et le nombre élevé des homosexuels et bisexuels masculins contaminés, le fait est qu’un lien de solidarité tacite s’est durablement instauré.

Ce lien est encore plus visible de nos jours avec l’alliance officielle de l’AFH (Association Française des Hémophiles) et AIDES qui communiquent contre le don du sang pour tous, en utilisant des communiqués de presse communs.

Il est nécessaire de souligner également la cause émotive consécutive à l’affaire du sang contaminé : il aurait été indécent en pleine révélation de ce scandale de la part de certains militants LGBT de réclamer le don du sang pour tous, bien que justifié par l’arrivée des tests de dépistage et le recul épidémiologique nécessaire.

Qui plus est, dans un mouvement de libéralisation des mœurs où il fallait d’abord penser aux siens, en termes de visibilité et d’égalité en droits, plutôt que de penser aux autres dans leurs besoins transfusionnels, le don du sang pour tous ne pouvait être une revendication légitime et audible.

Elle aurait dû le devenir, mais l’extrême implication d’AIDES dans les associations LGBT l’en a empêchée durablement ; peut-être même définitivement.

Enfin, la dernière explication que nous apportons à l’inaction des associations LGBT tient au fait de la complexité même du sujet étudié qui ne peut être que méconnu ou pire, mal connu.

Cette complexité est bien entendue transversale : juridique, scientifique, médicale et technique.

Seules des associations de donneurs et de receveurs sont capables, au prix d’un effort d’autoformation et de veille au travers d’échanges constants avec les institutions concernées, d’avoir un niveau de connaissance leur permettant un niveau d’expertise égal à celui des autorités scientifiques concernées.

Et sans vouloir être condescendant ou méprisant à l’endroit des associations LGBT, force est de constater soit leur ignorance soit leur méconnaissance dès lors qu’est abordée l’étude, dans sa globalité, de la science et des techniques transfusionnelles.

En contradiction avec cette analyse, il serait facile pour tout un chacun de dénicher sur Internet quelques associations LGBT isolées ouvertement favorables à nos vues ; c’est pour en trouver qui fassent autre chose que de la stricte communication que la difficulté sera plus grande.

Mais, en conclusion de cette analyse, si des personnes continuaient à penser que le don du sang pour tous serait une revendication des associations LGBT en dépit des éléments apportés, nous n’aurions rien de mieux à leur déclarer que c’est justement la quasi-inaction de ces associations, et l’absence de structure exclusivement dédiée à cette cause, qui sont à l’origine de la création du Collectif HOMODONNEUR en 2009.