Analyses

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Analyses

En complément de notre argumentaire, de nos textes divers et de nos communiqués de presse, nous éprouvons le besoin de prendre du recul sur notre revendication, et de donner à chacun les éléments succincts mais complexes à même de saisir les tenants et aboutissants de ce dossier.

Nous avons privilégié tout d’abord la réduction de nos analyses en un nombre limité (7) de thèmes d’approche.

Ensuite, nous avons préféré porter notre attention sur la systématique des idées plutôt que sur leur exhaustivité.

Enfin, c’est la mise en perspective de chacune de nos analyses les unes par rapport aux autres qui permettra à chacun – c’en est le but affiché, d’appréhender la globalité du don du sang pour tous.

Analyses dans l’ordre alphabétique :

La fin du conditionnement

Écrit par HOMODONNEUR le . Publié dans Analyses

  • Introduction

 

C’est un rêve que l’on tient pour pensée de croire que la Science est source de vérités, et c’est une tentation de plus en plus grande de se tourner vers elle pour asseoir des décisions d’ordre politique sur la base d’une raison – prétendument universelle, faussement irréfutable.

Dans notre pays, c’est ce conditionnement-là qui sévit avec encore plus d’acuité lorsque la potentielle décision politique d’autoriser le don du sang à une minorité sexuelle ravive une émotion particulière, celle liée au décès de milliers de personnes par sang contaminé.

Ainsi, vouloir la réintégration des donneurs de sang ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ne peut que passer par l’éradication préalable de cette idée fausse qui s’est instillée aussi bien jusqu’au sommet de l’Etat que chez la plupart de nos concitoyens.

Mais, vouloir cette réintégration ne saurait s’effectuer en commettant pire erreur, en réaction, et décréter que les scientifiques n’auraient rien à dire. Nous y reviendrons, pour tenter de définir la place qu’aurait toujours dû avoir les experts dans une société libre.

 

  • La Science n’est pas la Vérité

 

Nous devons d’abord nous attacher à déconstruire les fondations même du conditionnement, affirmant sans démonstration aucune que la Science est source de vérités.

Est-il déjà venu à l’esprit d’une personne encore hostile à notre analyse de recenser comment la « vérité scientifique » est une variable fluctuant au gré des époques et des cultures ?

Toute représentation, quel que soit le sujet abordé, est certes basée sur des observations et sur des démonstrations, mais la théorie sous-jacente n’est qu’une théorie parmi tant d’autres, et rien ne nous garantit que d’un autre point de vue ce qui est perçu comme étant notre réalité ne sera plus qu’un cas particulier voire une erreur.

Si la Science était définitive toute recherche serait vaine et dès lors toute science serait source de vérités.

Or ce n’est pas le cas, la Science est un chemin pavé d’erreurs à rectifier.

Gardons présent à l’esprit que la Science est le fruit des scientifiques, êtres humains jusqu’à preuve du contraire empreints de leurs cultures, de leurs représentations, de leurs partis pris, parfois de leurs ambitions et à l’occasion de leurs aveuglements ; en un mot : de leur humanité.

Prenons par exemple, pour aller plus loin dans l’analyse et sans prendre parti, l’évolution de la gestion de la pandémie liée au Sars-cov2.

Force est de constater la difficulté initiale sur les mesures à prendre puisque l’ignorance des caractéristiques propres à cet agent émergent sévissait au sein même des virologues les plus éminents. De même, des divergences d’appréciation sont apparues selon les cultures – Asiatiques ou Occidentales, et selon les régimes – démocratiques, populistes ou pire.

Rappelons également l’attitude des sociétés occidentales et, osons le dire, l’attitude des dirigeants politiques et des citoyens face à l’émergence de ce coronavirus : personne n’a cru ou n’a voulu croire, sur la base de l’expérience du Sars-cov1, que cette épidémie chinoise se transformerait en pandémie – personne, exception faite d’Agnès Buzyn, dont l’ensemble de la courte carrière politique peut être qualifiée d’un terme qui lui est particulièrement cher : la mascarade.

Puis, dès l’apparition de progrès significatifs quant à la connaissance de cette nouvelle maladie, de nombreuses options sont apparues quant à la gestion du risque (confinement versus immunité collective), aux traitements (Hydroxychloroquine ou pas), au port du masque (en lieu clos ou aéré), ou sur l’infectiosité des enfants, pour ne citer que ces cas parmi d’autres.

La vérité, si tant est qu’elle existe, ne peut s’obtenir qu’après coup et cette vérité restera toujours transitoire, comme nous l’avons expliqué plus en amont.

 

  • La Science ne remplace pas la Politique

 

Par-dessus tout ce qui reste important à nos yeux est le respect, en toute circonstance, d’une pluralité de point de vue qui est la garantie du débat démocratique et scientifique.

Démocratique tout d’abord, car toute décision – y compris celles concernant la sécurité sanitaire, relève de la responsabilité des décideurs légitiment élus.

Scientifique ensuite, car l’essence de la Science c’est avant tout la confrontation des idées donc le refus de tout unanimisme, attitude fondamentalement contraire  au véritable esprit scientifique.

Et vouloir faire reposer toute décision politique sur l’approbation préalable des scientifiques consisterait – ni plus ni moins, à transférer la légitimité politique des élus, issue de l’isoloir, à une partie des scientifiques, issue de l’université.

Cette conception n’est rien d’autre qu’une approche épistocratique de la politique en lieu et place de l’approche démocratique traditionnellement promue dans nos sociétés occidentales ; et si elle voulait être cohérente avec elle-même, elle procèderait à la suppression du Parlement qu’elle remplacerait par l’Académie.

Qu’une politique soit libérale ou sociale, conservatrice ou progressiste, carbonée ou verte, ou n’importe quelle politique voulue par le souverain, elles bénéficient toutes d’une rationalité intrinsèque que l’expert n’ a pas à dénigrer.

Certes, toute politique présente des avantages et de inconvénients, perçus de façon variable selon le choix électoral de chacun ; toute politique présente des risques assumés par ses partisans et contestés par  ses opposants.

Mais c’est au collège électoral d’en décider en d’en assumer les conséquences, y compris celles qui n’étaient pas prévues à cause de l’inévitable incertitude qui régit, pour partie, le monde humain.

Nous en arrivons ainsi à la conclusion de ce court paragraphe de notre analyse : la Science n’a pas à valider une politique, quelle qu’elle soit, en aucun cas.

C’est un rôle qui lui a été attribué par fuite de la responsabilité pénale des décideurs, alors que son rôle ne consiste qu’à produire des connaissances, parfois des vérités.

Même si dans le précédent paragraphe nous avons souligné le caractère transitoire desdites vérités.

 

  • L’opinion n’a de place ni en Science, ni en Politique

 

Maintenant que nous avons suffisamment soutenu nos attaques contre le système actuel français, orientons à présent et pour un court instant nos canons vers les adeptes d’une contradiction systématique des scientifiques, qu’ils soient complotistes, ignorants ou lobbyistes d’une politique inassumée.

Commençons par comparer les opinions publiques quant à la pandémie du virus H1N1 et celle liée au coronavirus.

Après la première vers 2010 tout le monde en France est venu taper à bras raccourcis sur Roselyne Bachelot (ministre de la santé de l’époque) pour avoir mis en application les recommandations de l’OMS, puis les ministres de la santé qui lui ont succédé ont, entre autres choses, laissé chuter le nombre de masques stockés.

De nos jours, certains dirigeants et demain de nombreuses opinions publiques seront amenées à critiquer l’OMS de ne pas avoir su anticiper la crise, et de ne pas avoir préconisé les bonnes mesures.

Il restera toujours plus facile de critiquer de façon irresponsable derrière son écran plutôt que de participer à la prise de décisions en ayant le double risque, compte tenu de l’incertitude, soit de verser dans l’excessivité, soit dans la minoration.

Et nous n’aborderons pas ici les fakes news et les théories du complot qui ne pullulent que trop sur les réseaux sociaux ; nous en appelons à l’intelligence de tout un chacun pour discerner des avis scientifiques divergents et dignes d’intérêts des opinions émises par des piliers de bars.

De même, l’opinion si facile qui se développe en tout un chacun malgré soi, se répand et s’entretient encore plus facilement de nos jours à cause des réseaux sociaux, et rend encore plus difficile l’élaboration d’une pensée complexe, capable d’abstraction, étayée par des arguments, apte à s’enrichir de la contradiction et humble par la conscience de sa propre fragilité.

L’opinion, parce qu’elle est tout le contraire de la pensée – ou plutôt, parce qu’elle est l’absence de la pensée, n’a absolument pas de place, ni en Science, ni en Politique.

 

  • Place des scientifiques dans une démocratie sanitaire

 

La démocratie sanitaire est pour ainsi dire souvent évoquée, parfois définie mais rarement appliquée.

Nous sommes néanmoins tentés de la définir en fonction de notre approche et de notre sujet par les termes suivants :

« La démocratie sanitaire a pour objet de réunir les instances sanitaires et les acteurs associatifs concernés en vue d’échanger les données scientifiques, de débattre sur leurs interprétations, de favoriser des pistes de réflexions et de proposer un panel de politiques possibles à la personne dépositaire de l’autorité politique. »

Inutile de préciser que cette définition ne correspond pas à la réalité observée quant aux réunions du Comité de suivi, prévues par l’annexe VIII de l’arrêté ministériel du 5 avril 2016, ne serait-ce qu’à cause de la fréquence des réunions (1X/an), de leurs durées (2H), du refus de communication d’un certains nombres de données primordiales, etc…

Malgré tout tentons de définir, comme promis initialement, la place que devrait avoir les scientifiques ou les experts pour garantir l’instauration d’une réelle démocratie sanitaire.

Premièrement, le rôle fondamental d’un expert ou d’un scientifique est d’assurer à chaque acteur associatif ou politique la parfaite connaissance du sujet étudié, aussi bien en émettant les données nécessaires pour établir un socle commun de connaissances qu’en répondant aux questions, aux demandes de données complémentaires.

Et leur rôle ne s’arrête pas à celui de l’autorité conférée par la connaissance initiale, où la seule relation entre les experts et les autres serait définie par une pédagogie condescendante.

Il se complète par le fructueux et respectueux débat où toutes les pistes sont abordées – toutes, y compris les plus stupides a posteriori, où chaque acteur dialogue d’égal à égal avec les experts, d’une certaine façon puisque chaque acteur en étant devenu un.

Dans un espoir sans réel fondement, ce système de démocratie sanitaire permettrait aux uns et aux autres de converger ainsi vers des vérités scientifiques – certes transitoires, et d’assumer les légitimes divergences politiques – à trancher par le responsable politique du moment.